Novembre 2020

Entrer en résistance. Vivre: Penser, Créer, Lire, Écouter, S’exprimer, Chanter, Jouer… Clamer la Culture, si maltraitée aujourd’hui: muselée, bafouée, méprisée, ignorée, dénigrée, refoulée, humiliée. La culture a été passée au tamis des activités non essentielles. Librairies fermées. Théâtres fermés. Salles de concerts fermées. Conservatoires de musique et de danse fermés. Et pourtant que d’efforts, que de consignes scrupuleusement exécutées, avec un zèle sans commune mesure, que d’argent et d’énergie injectés pour s’adapter au nouveau contexte dans le souci de la santé humaine! Tout était prêt et fonctionnait, tout avait été bien fait, pas de contamination dans les salles de concerts ni dans les conservatoires. On nous avait dit: « un seul cas et c’est la fermeture ». Zéro cas. Fermeture. Sentiments qu’il est inutile d’énumérer. Absurdité du deux poids, deux mesures. Alors que l’actualité nous le démontre on ne peut plus violemment, nous ne sommes pas en guerre en réalité contre un virus, mais contre l’obscurantisme et la barbarie. On ne le répètera manifestement jamais assez: une civilisation n’est viable que sur le terreau sans cesse entretenu et enrichi de sa culture. Aujourd’hui, désarmée de celle-ci, notre civilisation est en danger. L’ensauvagement, mot à la mode, n’est pas là où on nous le fait croire. Non, il n’est pas chez ceux-là, ces malfaisants qui œuvrent à la déstabilisation vengeresse de notre humanité, ces barbares assassins, les acteurs du terrorisme, fanatiques ou cinglés de service; l’ensauvagement menace quiconque renonce à la culture, et à l’art en particulier, ou en est privé, dépossédé, dans un contexte où le lien social se trouve lui aussi malmené, éprouvé. L’incertitude, le temps qui passe ainsi, qui dure, sont ses alliés. C’est pourquoi il faut résister, et militer. Il faut continuer à imposer la présence de l’art, inonder de sa beauté les laids et inquiétants désordres de ce monde, en chasser les immondices, non pas s’adapter mais occuper tous les interstices possibles, ceux de la virtualité des écrans, jusqu’à les percer de son évidence, de la vérité de ses émotions. L’art ne sera pas voué à l’oubli, ni les artistes à leur disparition. Nous sommes là, nombreux, pour lui, pour eux. L’art ne se taira pas. 

Jany Campello