Janvier 2021

Jamais l’hiver ne m’a semblé si morne, engourdi dans sa grisaille. Gris sont les soirs, comme les chats la nuit. Longs sont les soirs sans cette vibration unique née de la rencontre des artistes et du public, qui fait l’atmosphère du concert, qui donne le frisson de l’émotion. Plus de communion, silencieuse, les oreilles, les yeux, les sens rivés vers la scène où se joue la vie à chaque instant, portée, sublimée par les sons qui emplissent le lieu, qui ne laissent de place à rien d’autre que la beauté. Pourtant, comme on aurait besoin de ce baume si vital aujourd’hui! Les musiciens sont devenus des héros invisibles, au-delà de la toile virtuelle, derrière l’interface des écrans. Il travaillent dans l’ombre, énormément, montent des programmes pour des concerts devenus hypothétiques, enregistrent, maintiennent à flot, contre vents et marées, leur art et le patrimoine inestimable qu’est la musique lors de concerts sans public mais captés. Ils ne lâchent pas, ne renoncent pas à leur mission. Le rendez-vous sera pour demain, mais il sera, nous pouvons compter sur eux. Au-delà de leur raison de vivre, les artistes ont le sens de l’honneur. Ballottés, soumis à l’arythmie infligée par les décisions gouvernementales à hue et à dia, privés de perspectives certaines, ils maintiennent la flamme et portent haut l’oriflamme. L’année s’inaugure toujours en musique, avec le concert du Nouvel An au Musikverein de Vienne. 2021 n’a pas failli à cette tradition malgré la pandémie. Plus qu’une institution hors du temps, hors du monde, un symbole vivace. Sans public, le concert a eu lieu sous les ors et les pampilles de cristal du célèbre hall, et a été diffusé en direct dans plus de 90 pays et pour plus de 100 millions de spectateurs. La musique a jailli, joyeuse, colorée, légère, irradiante, d’une rivière de roses acidulées. Les sièges du parterre étaient vides, mais une émotion particulière était visible sur les visages des musiciens filmés en gros plan. La musique avait, cette année, un lustre particulier. Et puis, il y eut les mots historiques et dignes, le message d’espoir de Riccardo Muti, qui a rappelé à tous, à des millions de personnes, la mission des musiciens, et combien la musique peut apporter, elle qui sait soigner les âmes. A l’heure sombre où n’est prise en compte que la seule survie, la musique a le pouvoir d’illuminer et de nous rappeler à la vie. Elle est oxygène, tout aussi essentiel que celui délivré aux poumons malades de la Covid. Plus d’applaudissements aux fenêtres à vingt heures, désormais l’heure du silence, mais en ce début d’après-midi du premier janvier, ceux assourdissants d’une immense mosaïque internationale devant ces musiciens jouant la Marche de Radetsky plus conquérante que jamais, en ces temps de guerre sanitaire.

Alors soyons combatifs et restons vivants grâce aux musiciens, soutenons-les!

Belle et victorieuse année à tous!