Chroniques

LA MUSIKFEST PARISIENNE 100% BRAHMS

Après des mois et des mois de sommeil obligé, les scènes s’éveillent enfin, bruissantes d’un public heureux de retrouver les fauteuils d’orchestre et les balcons. La salle Cortot a ouvert ses portes dès ce mois de mai à la violoniste Liya Petrova et sa Musikfest parisienne, conçue pendant le confinement de 2020. Un festival de musique de chambre, cette année pur Brahms, dont nous pouvons ré-écouter les trois retransmissions sur France Musique, en particulier ce dernier concert diffusé le 14 juin (Le concert de 20h). 

 

Trois jours d’immersion totale et continue dans Brahms, du duo au sextuor, des œuvres de jeunesse confrontées à celles de la maturité, en compagnie de musiciens qui se sont choisis et regardent dans la même direction, portés par cette musique si phénoménale dans son flux puissant comme dans son intériorité, voici le concept de cette Musikfest 2021. Le format est inhabituel : chaque jour, plus de deux heures de musique sans entracte où se déploie un triptyque faisant le grand écart avec les numéros d’opus. Le dernier jour, les pianistes Alexandre Kantorow et Tanguy de Williencourt se sont tour à tour emparés du clavier, de trios en quatuor. 

Le concert commence avec le Trio n°1 op.8, que Brahms composa à 21 ans, sa première œuvre publiée, et déjà une merveille. Musique d’une grande profusion sonore et thématique, touffue tant la partie de piano est abondante, elle demande aux interprètes un engagement immédiat, dont Alexandre Kantorow et Aurélien Pascal au violoncelle, rejoints par Liya Petrova au violon au début de l’allegro con brio, font preuve dès les premières mesures, soutenant avec ferveur le chant, portant à pleines brassées son lyrisme passionné, dans un phrasé ample et généreux. Les trois chantent d’une même voix, respirent du même souffle, animant le premier mouvement d’une belle vigueur juvénile ou l’embrumant de ses couleurs nordiques. Elfes espiègles et insaisissables semblent peupler l’irrésistible scherzo aux traits vifs et fugaces. L’adagio contraste, dans un climat de paix mystique où le temps s’étire et nous emporte dans de lointaines rêveries…et quel rayonnant allegro final, qui commence comme un scherzo, le violoncelle chantant chaleureusement de toutes ses rondeurs sur le piano volubile et effervescent, puis qui explose d’heureuse vitalité !   

Contrastant avec la fougue expansive de ce trio, le Trio avec clarinette opus 114, interprété par Tanguy de Williencourt (piano), Nicolas Baldeyrou (clarinette) et Bruno Philippe (Violoncelle), est l’œuvre d’un Brahms mature (dans la même période, il rédige son testament !) dont la musique se rassemble dans un espace resserré, décanté, intimiste. Le compositeur s’est alors pris de goût pour la clarinette dont il découvre le potentiel expressif. La clarinette et le violoncelle dans son registre grave, chantent ici à voix « égales » conversant en parfaite intelligence, mariant leurs timbres, enlaçant harmonieusement les courbes de leurs voix dans le nostalgique premier mouvement. Le piano assagi n’en est pas moins présent, donnant de la profondeur de champ (et de chant !) à l’ensemble, comme dans l’adagio empreint d’une douce sérénité. Il ouvre la voie à un bel intermezzo en forme de valse, souvenir lumineux et suave d’un temps révolu, d’une légèreté passée, peut-être retrouvée l’espace d’un mouvement…Le finale est remarquable de tenue, le piano tenant ici son rôle avec fermeté et vigueur, prenant part aux échanges avec conviction et affirmation. 

Le fameux Quatuor avec piano n°1 op.25 rassemble Liya Petrova, Grégoire Vecchioni (alto), et Aurélien Pascal autour d’Alexandre Kantorow. C’est sans conteste le bouquet final de cette série Brahms. Quelle allure, quel panache, quelle santé ! Le premier mouvement allegro chante éperdument, avec ardente sensualité ; les timbres fusionnent en un tissu sonore d’une voluptueuse densité, les lignes mélodiques se déploient, se succèdent sans ruptures, onctueuses, puis langoureuses dans l’Andante con moto, dont la marche altière, resplendissante, sonne assurément le triomphe de la joie de vivre. Quant au Rondo alla zingarese, il est tout simplement étourdissant de vitesse, de virtuosité, d’énergie, et le tempo fou de son prestissimo final fait éclater une longue salve d’applaudissements du public, galvanisé et comblé de bonheur ! Tout comme le sont ces musiciens aux visages radieux…des retrouvailles magnifiquement célébrées, avec Brahms, qu’on adore! 

Jany Campello

concert disponible à la réécoute sur http://www.francemusique.fr

 

 

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