Chroniques

MOZART AND FRIENDS À PARIS

Enfin pas loin… Julien Chauvin et son ensemble le Concert de la Loge, en résidence au Conservatoire Jean-Baptiste Lully de Puteaux, ont donné un concert symphonique en sa salle Gramont le 25 novembre dernier, rendant hommage à l’orchestre parisien du siècle des Lumières, le Concert de la Loge Olympique. Un moment apprécié par les putéoliens venus pour la plupart en famille.

La saison culturelle de la ville de Puteaux dont la programmation se partage entre son joli théâtre, son Palais de la culture, et la salle Gramont de son conservatoire, donne une belle part à la musique, avec sa quinzaine de concerts. Celui des musiciens du Concert de la Loge dirigés du violon par Julien Chauvin a été concocté au sein du conservatoire avant d’être présenté dans un premier temps aux élèves des écoles lors de sa générale, puis au concert dans cette salle pouvant accueillir près de 600 personnes, ce soir-là bien garnie.

Au programme une trilogie de compositeurs de la période dite classique, pour laquelle se passionne Julien Chauvin, au point qu’il a reconstitué avec sa formation Le Concert de la loge, la phalange de la société « Olympique » créée en 1783 à Paris, qui rassemblait les meilleurs musiciens de l’époque et jouissait d’une notoriété européenne. Henri-Joseph Rigel, compositeur établi à Paris qui la dirigea, moins célèbre que ses homologues Haydn et Mozart, était très en vue en son temps. C’est sur instruments anciens, suivant la démarche d’interprétation historiquement informée, que les musiciens ont choisi de faire revivre sa musique au concert, et cela n’est pas peu dire : loin d’en faire une œuvre désuète ou trop prévisible de par les conventions de son écriture classique, ils insufflent vigueur et énergie à la Symphonie op.12 n°4 en do mineur, l’une de ses six symphonies « pour grand orchestre ». Pas de quoi craindre l’ennui à écouter et voir cet ensemble prendre à bras le corps cette musique avec autant de joie et de plaisir de la partager ! Il en résulte une interprétation pleine de caractère, de vie et d’esprit : après son Allegro assai enthousiasmant, l’« amabilité » du Largo ma non troppo séduit par son pas de menuet où s’épanouit le beau chant du hautbois, auquel succède l’Allegro Spiritoso, vif et au ton impérieux, voire véhément, sous la virtuosité et les attaques mordantes des archets, dans une synergie parfaite. 

Cette musique ne pâlit aucunement de son voisinage immédiat avec « La Poule » de Joseph Haydn. Parmi les six symphonies parisiennes du compositeur, commande du Concert de la Loge Olympique, c’est celle affublée de ce surnom que nous entendons, la Symphonie n°83 en sol mineur Hob.I:83. Julien Chauvin a pris le micro pour la présenter, comme il l’a fait pour celle de Rigel, et comme il le fera ensuite pour celle de Mozart. Une intervention appréciée tant elle est intéressante et sympathique, invitant l’auditoire à continuer à applaudir entre les mouvements, comme cela se pratiquait à l’époque et souvent même lors de l’exécution. Mais le public putéolien qui ne s’en privera pas, ne troublera pas la musique, pendu aux pétillantes notes de l’orchestre ! L’interprétation de ces quatre mouvements ne manque en effet pas de sel, joyeuse avec de beaux passages lyriques dans le premier mouvement, réservant plus d’une surprise entre les suspensions de l’Andante, dansante dans le Menuet, et aussi dans le Finale très enlevé. 

La très célèbre Symphonie n°40 en sol mineur K550 de Mozart – dont on ne connait pas précisément la genèse, mais dont on peut lui supposer un lien avec quelque loge maçonnique – jouée en seconde partie, est prétexte à un petit concours proposé au public par Julien Chauvin. Celle-ci n’a pas de titre, contrairement à la 41ème « Jupiter », ou la Symphonie n°35 « Haffner ». Sollicitant l’écoute et l’imagination de chacun, le titre élu figurera sur la pochette du disque dont l’enregistrement est en préparation au conservatoire. Une idée pour le moins originale qui implique l’auditoire dans le projet discographique ! On est heureux d’entendre cette symphonie ce soir-là par un orchestre qui sait lui donner ses couleurs, notamment celle de la clarinette qui a rejoint la troupe, et son relief, par des dynamiques renforcées et la caractérisation des timbres des pupitres. Le premier mouvement Molto allegro palpite du jeu expressif des altos et seconds violons et se conclut par un somptueux accord des cors. L’Andante est mis en valeur par la profondeur des violoncelles, le tissu orchestral prend au fil du mouvement une belle épaisseur, dans le soutien constant et admirable de la ligne mélodique. Le Menuetto est joué allant, avec grande tenue, et si la flûte paraît un peu en retrait en intensité sonore, les hautbois et les cors ravissent par leurs chants et leurs timbres. Le dernier mouvement Allegro assai est interprété très vif, l’articulation serrée et précise. Magnifique ! 

On attend avec impatience le disque qui contiendra, outre cette symphonie, un concerto pour violon et l’ouverture des Noces de Figaro. On pourra patienter avec la Jupiter de Mozart, L’Ours, La Poule, La Reine, et même L’Impatiente de Haydn, déjà parues dans divers labels.

Jany Campello

crédit photo portrait © Franck Juery

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